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Enfile ton béret et passe à Shibuya

Par aza, le

Le Shibuya-kei(渋谷系) est l’un de mes mouvement musical qui me fascine le plus. Il « représente simultanément le moment ou la pop japonaise a emprunté le plus à la musique étrangère et où son rayonnement international a été le plus lumineux », voilà une introduction parfaite que j’ai récupéré dans un vieux numéro de Chronicart.

Comment le définir?

Parfois difficile à définir, on peut résumer le shibuya-kei comme étant un savant mélange entre indiepop, jazz, bossa nova et electro. Sur le papier ce genre peut paraitre brouillon, mais dans les fait c’est un véritable foisonnement de nouveau sons et de mélodies. Très inspiré par les années yéyé, les artistes de Shibuya-kei font régulièrement appel à une imagerie très occidentale (béret, pull rayé…). Au delà de la musique, ce revival des années 60/70 ira jusque caresser une partie du design d’objet, du graphisme et de la décoration d’intérieur.

La petite histoire du Shibuya-kei

Comme son nom l’indique, ce mouvement est né dans le quartier de Shibuya à la fin des années 80. Les jeunes cultivés et branchés, re-decouvrent la musique occidentale des années 60 et 70. Passionnés et collectionneurs de vinyles, ils s’approprient ce matériel musicale pour en faire un nouveau genre.

Déjà au début des années 80, des groupes comme Pizzicato Five commencent à utiliser les références du shibuya-kei. Leur morceau The Audrey Hepburn Complex tiré de leur premier album en est un bon exemple. Malgré les sonorités très new wave la référence direct à l’actrice Audrey Hepburn et les différents clin d’œil à la culture occidentale dans leur clip en font un groupe proto-Shibuya-kei .

Flipper's GuitarLe premier groupe a vraiment émerger et à mettre un peu de lumière sur ce qui sera le Shibuya-kei est le jeune groupe Flipper’s Guitar. Après l’échec de leur premier album, le quintet devient duo. Il se compose alors de Keigo Oyamada et de Kenji Ozawa (neveu du célèbre chef d’orchestre Seiji Ozawa). C’est avec la sortie de leur 2ème album Camera Talk en juin 1990 que le groupe connait enfin le succès. L’année suivante ils sortent rapidement un 3ème album, DOCTOR HEAD’S WORLD TOWER, et ils annoncent leur séparation dans la foulée.

Flipper’s Guitar aura été un groupe éphémère, mais qui aura permis au shibuya-kei de faire un percée dans la musique mainstream. L’indiepop des années 90 était née.

Keigo Oyamada revint sur le devant de la scène en introduisant son nouveau personnage Cornelius. C’est sous ce pseudonyme qu’il se fera connaître. En 1993 il sort son premier album solo, The First Question Award. Il joua également un rôle important en créant le label Trattoria. C’est sur ce label que des artistes comme Kahimi Karie ou le groupe Bridge font leur début.

Courant des années 90, les label Escalator Records (Yukari Fresh, Cubismo Grafico, Neil and Iraiza) et Readymade (Fantastic Plastic Machine, Mansfielfd) se créent et permettent au Shibuya-kei de se développer. Les artistes se multiplient et le mouvement quitte doucement son berceau indé pour conquérir la musique mainstream.

Fantasama de CorneliusEn 1997, Cornelius sort son chef d’oeuvre Fantasma. Ce mélange complétement incongrus entre de la bossa nova, du shoegaze, de la new wave, les beach boys et de la musique de dessin animé, donne à Cornelius une renommée mondiale. Au Japon, l’album sort sur le label Trattoria, mais il profite également d’une sortie international sur le label Matador.

Cornelius n’est pas le seul artiste du genre à s’exporter. Les groupes comme Buffalo Daughter, Cibbo Mato, Pizzicato Five ou des DJ comme Fantastic Plastic Machine et Towa Tei russisent tous une petite percée aux Etats Unis (l’Europe passant toujours au second plan).

Quatre ans plus tard, Cornelius sort son nouvel album, Point. Il prend tout le monde à contre pied en lâchant son univers coloré pour créer un album d’electro abstraite.Vanilla Beans A partir de là, on peut vraiment dire que le Shibuya-kei comme il était dans les années 90 est mort. Les pionniers ont laissé derrière eux leur univers de références pour se créer de nouveaux personnages, de nouvelles sonorités.

Malgré cette première disparition, depuis le début des années 2000, on peut voir une nouvelle vague d’artistes influencés par ce mouvement. Ils s’appellent the Aprils, HNC, Milch of Source, Vanilla Beans (…) et tous on gardé cette énergie des années 90. Ils continuent à s’inspirer du Shibuya-kei et à cultiver ce besoin de puiser dans ces influences multiples.

Quelques albums à écouter

Le Shibuya-kei est un mouvement vaste, les artistes se sont multipliés dans les années 90 et les héritiers sont également légion. Dans ce panier gigantesque, j’ai piocher la crème de la crème, mes 5 albums favoris.

85 de Pizzicato Five
Réenregistrement du premier album de Pizzicato Five. On est loin de la Bossa Nova auquel le groupe nous avais habitué, mais cette new wave donne bien le ton de ce que sera le Shibuya-kei par la suite.

K.K.K.K.K. de Kahimi Karie
Un album presque entièrement produit par Momus (producteur écossais) et qui se révèle être une véritable sucrerie. Comme une François Hardy japonaise, Kahimi Karie vient nous susurrer à l’oreille des mots doux. A noter que quelque morceaux ont été écrit par Philipe Katerine.

Fantasma de Cornelius
Chef d’œuvre de l’electro au sens large. A écouter au moins une fois dans sa vie, que l’on aime le Shibuya-kei ou non. Cornelius sample et tord ses influences pour nous donner une musique unique.

Tea de Hideki Kaji
Dur pour moi de ne pas citer au moins un album d’Hideki Kaji. Je suis une fan absolu du roi de la pop suédoise à la japonaise.  Cet album transpire d’ailleurs de toutes ces influences, un objet pop et doux comme il en existe peu.

CARTOOOM! de Plus-Tech Squeeze Box
C’est le seul album que je citerais de la « relève » du mouvement. CARTOOOM! est le deuxième album du duo Plus-Tech Squeeze Box. C’est un condensé de pop, d’Hana Barbera et d’electro, aucun mot n’est assez fort pour décrire ce patchwork musicale complétement fou et génial à la fois.

Pour aller plus loin

Mes petits conseils lecture, souvent ce sont des articles en anglais mais qui sont tous plus passionnant les uns que les autres, je vous invite vivement à les consulter.
The Legacy of Shibuya-kei
15 Years of Fantasma
Shibuya-kei is dead by momus
Article sur Cornelius paru dans le Chronicart n°33 : Part1 , Part2, Part3, Part4, Part5, Part6, Part7

4 Responses to “Enfile ton béret et passe à Shibuya”

  1. Gemmei dit :

    Je ne connaissais absolument rien de ce courant et aucun de ces groupes oO
    Un grand merci pour ton article et cette découverte! Je vais creuser un peu plus! En tout cas les vidéos que tu as mis me plaisent déjà :D – Que de bonne humeur \o/

  2. Ageha dit :

    Je ne savais pas tout ça! très intéressant! En regardant les vidéos que tu as intégré, on a vraiment l’impression de voir des groupes 60’s ^^
    Est-ce que Cornelius est le même que celui qui a collaboré avec Salyu pour son album Salyu x Salyu ?

    • aza dit :

      Bonne référence! C’est bien le Cornelius de Salyu x Salyu.
      Je trouve que ce qu’il fait maintenant n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il faisait dans les 90s (mais j’aime beaucoup les deux).

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